Publié le 29/08/2017 à 14:55 / Jean-Marc Emprin

Société

Les rencontres du Glandon, consacrées annuellement au loup, ont pris une dimension européenne en intégrant des éleveurs de plusieurs pays concernés. En l'absence totale d'élus nationaux. Une action européenne est prévue le 15 septembre.

Les troisièmes rencontres du Col du Glandon réunissent de plus en plus d'éleveurs et d'élus concernés par la présence du loup.

Le rendez-vous est désormais institutionnalisé. Chaque mois d'août, les élus et les éleveurs des communes concernés par le loup se donnent rendez-vous au col du Glandon, à la frontière entre Savoie, Isère et Hautes-Alpes.

Et chaque année, le phénomène prend de l'ampleur. Vendredi et samedi dernier, la rencontre a même permis à des éleveurs Suisses, Allemands et Autrichiens de venir exprimer leur quotidien.

 

 

« Organiser ces échanges permet d'accéder aux vraies informations, estime Pierre-Yves Bonnivard, maire de Saint-Colomban-les-Villard et président de l'Union pour la sauvegarde des activités pastorales et rurales (USAPR), organisatrice des rencontres. Quand on parle avec certains interlocuteurs, ils nous affirment qu'il n'y a qu'en France que le loup pose problème. On aimerait nous faire croire que tout va bien dans les autres pays européens. Nous constatons, grâce aux rencontres du col du Glandon, qu'il n'en est rien. »

Moutons noirs

Les témoignages exposés le vendredi à huis-clos se sont poursuivis pendant la partie publique le lendemain. Un éleveur suisse, en arrivant au col, s'est étonné de voir des agneaux, et leurs mères, « noirs ». En réalité, ils étaient sales, et l'oeil de l'expert a vite remarqué leur état plutôt maigre, alors que la fin de la saison d'alpage ne tardera pas.

« Nous, en Suisse, nous tenons à avoir des moutons et des agneaux blancs », fait-il remarquer gentiment provocateur.

La cause de la couleur sombre des ovins français ? L'obligation qu'ont les bergers de rassembler le troupeau tous les soirs dans un même enclos afin d'exercer une protection rapprochée.

Les bêtes piétinent sur place, sur un sol dénudé, boueux en cas de pluie (fréquentes en montagne) et donc se colorent. Et elles n'ont plus d'herbe pendant la nuit, alors que c'est plutôt le moment où elles paissent naturellement. Elles se nourrissent donc moins. Et tous les jours elles font un aller-retour vers les zones à pâturer. D'où davantage d'exercice avec moins de nourriture. Elles profitent donc moins de la saison d'alpage.

 

Des moutons

 

François Giacobbi, éleveur en Aveyron, élu à la chambre d'agriculture départementale, rappelle que « l'élevage ovin est avant tout une activité économique. La présence des ovins ne perdurera que si les agneaux peuvent être bien vendus. Ce n'est pas le cas aujourd'hui en raison de la pression du loup ».

Propos soutenus par Antoine Chrysostome, maire et éleveur dans les Pyrénées-Orientales, qui souligne que « le troupeau ne peut remplir des fonctions complémentaires (ouverture du paysage par exemple) que parce qu'il y a une activité économique à la base ».

Un éleveur suisse, Georges Stoffel, rapporte que « leur travail est de faire comprendre aux urbains que la viande locale qu'ils trouvent dans les supermarchés arrive de quelque part. C'est parce qu'il y a une production primaire, que le supermarché est approvisionné en bout de chaîne ».

Dangers en aval

En Allemagne également, les éleveurs connaissent la pression du loup. Et pas seulement en montagne.

« Les représentants de l'élevage nous ont indiqué qu'il est de plus en plus difficile d'entretenir les digues du nord du pays en recourant au pâturage », rapporte Yann Souriau, maire de Chichilianne. Avec des risques quant à leur rôle contre les inondations.

Parce qu'aujourd'hui, le problème ne se réduit pas simplement à une simple occupation épisodique d'un espace peu habité. Les dangers concernent toute la population.

C'est dans ce sens qu'est intervenu Jean-Pierre Rougeaux, président de l'Anena (1), qui a fait une description rapide des effets de la présence des troupeaux en montagne.

« Les troupeaux tiennent l'herbe rase. En revanche, une herbe haute et couchée procure un excellent plan de glissement pour les plaques de neige. La végétation arbustive est limitée autant par le troupeau que par l'entretien des bergers ou des éleveurs. Si elle gagne du terrain, elle se couche également sous le poids de la neige et laisse une épaisseur d'air favorable à la fonte. Il n'y a donc plus de stockage d'eau sous cette forme. Elle se retrouve plus vite dans les vallées. Enfin, les sentes créées par les animaux en travers de la pente constituent autant de terrassettes très solides limitant l'érosion et retenant elle aussi les plaques de neige. Un recul des troupeaux serait donc à moyen terme catastrophique pour les populations en aval. »

Feux de détresse

Cette présence indispensable concerne toutes les espèces parce qu'elles sont complémentaires (ovins, bovins et caprins, équins).

Francis Solda, président de la Fédération régionale ovine du sud-est et du Cerpam (2), a rappelé cette évidence, car le loup adapte sa prédation aux difficultés.

Des bovins sont désormais attaqués, « fuyant à plusieurs kilomètres et pouvant devenir dangereux dans leur affolement pour le public comme pour leur éleveur », souligne Jacqueline Dupenloup, de l'USAPR.

 

 

Francis Solda regrette que les sommes allouées pour l'aide à la protection des troupeaux soient prises sur le budget agricole : « les écologistes ne payent que les bêtes mortes ».
Alors face au désarroi des élus, des éleveurs, des risques sur les activités économiques rurales, les organisateurs de la rencontre ont annoncé une action européenne le 15 septembre.

Dans toutes les communes concernées, des feux seront allumés en France comme dans les autres pays européens, autant de points qui souligneront que dans ces communes, la vie ne devra pas s'éteindre.

(1) Association nationale pour l'étude de la neige et des avalanches
(2) Centre d'étude et de réalisation pastorale Alpes-Méditerranée


Jean-Marc Emprin


« Une analyse génétique devrait être pratiqué sur chaque loup tiré. Les hybrides doivent être enlevés du quota de tir », selon Yann Souriau, maire de Chichilianne

 

ENCADRE

La sauvegarde des paysans européens

Vendredi 18 août, les représentants de différents pays, Allemagne, Autriche, Suisse et Italie, ont participé aux échanges à huis-clos organisés par l'USAPR (1).

Jacqueline Dupenloup, maire de Saint-Alban-les-Villard, s'en est fait l'écho samedi 20, lors des débats publics.

Un constat : « le loup est de plus en plus hardi, provoquant l'épuisement des hommes, avec des conséquences sur leur vie personnelle et familiale. Le loup peut même remettre en cause la cohésion de la vie sociale, car sa présence entraîne des incompréhensions entre chasseurs, randonneurs, éleveurs, élus. Ces derniers n'ont plus de réponse à apporter à leurs concitoyens. »
Alors, « c'est sur le loup que doit s'exercer la pression avec des tirs immédiats, sans barrière administrative, avec des brigades formées et présentes dans tous les départements concernés. Le loup n'a plus peur. Sauver les paysans à l'échelle européenne est devenu une priorité. Et pour cela, la sortie du statut de Berne est incontournable. »
La porte-parole de l'USAPR reconnaît qu'il « est sûr que les choses ne vont pas assez vite, mais c'est surtout parce que le loup va plus vite que nous. Mais notre action n'a démarré que depuis trois ans ».

Aujourd'hui, une coordination européenne est en train de naître. En trois ans seulement.

 

(1) Union pour la sauvegarde des activités pastorales et rurales

JME

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Mots clés : ISERE LOUP COL DU GLANDON USAPR
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