Publié le 23/10/2017 à 10:35 / Jean-Marc Emprin

Point de vue

Les paysans savent qu'à force de faire tomber la production, de supprimer des terres et des agriculteurs, de les décourager de continuer, un jour on manquera dans notre grand pays agricole de pain, de viande, de lait et de nourriture.

Le beurre manque dans la magasins. La faute à qui ? Pas aux paysans, c'est sûr.

La pénurie de beurre dans les supermarchés interroge. Est-ce possible ? Encore une affaire de spéculation ? Où sont passées les montagnes de beurre ?

Il faut se rendre à l'évidence, le beurre est rare dans les rayons des grandes surfaces. Au moment où les Etats généraux de l'alimentation réunissent tous les intervenants des filières pour trouver de la transparence et de l'équité, cette pénurie déstabilise.
Toutes les laiteries ne cessent de rabâcher aux producteurs qu'ils ont trop de lait, parfois même trop de producteurs.

Cette crise désorganise nos filières qui n'ont pas prévu le coup.

Les spécialistes ne s'inquiétaient qu'à moitié et seulement depuis ce printemps, voyant la demande de la Chine en beurre s'envoler, puis celle de nos pays qui recommencent à préférer les matières grasses animales sur leurs tartines.
Sans donner de leçon, les paysans savent qu'à force de faire tomber la production, de supprimer des terres et des agriculteurs, de les décourager de continuer, un jour on manquera dans notre grand pays agricole de pain, de viande, de lait et de nourriture.

On aurait pu conserver un potentiel de production

On va déjà chercher les œufs ailleurs, et les légumes, et les moutons, et le reste...
C'est un sentiment de colère que l'on éprouve devant ce manque de beurre au moment où nos enfants reprennent goût à en consommer.

Et si l'on n'avait pas laissé les manettes de la sécurité alimentaire à des financiers, à des monopoles de grande distribution, on aurait au moins pu traiter ces problèmes d'offre et de demande alimentaire avec un autre œil que celui de la rentabilité immédiate.

On aurait pu conserver un potentiel de production apte à répondre aux aléas climatiques et aux effets de marchés.

On aurait maintenu des agriculteurs dans tout le territoire et dans toutes les productions.

On aurait même gardé le plaisir et la fierté de nourrir une population qui attend au moins de l'agriculture qu'elle fournisse les aliments basiques de qualité.

Personne n'osait imaginer que l'on manquerait de beurre

Mais il faut bien le reconnaître : notre société vit tellement dans l'opulence et le gaspillage, que personne n'osait imaginer que l'on manquerait de beurre.

Cette crise passagère devra être profitable à une vraie remise à plat des modes de production, de transformation et de distribution.
Je plaide non coupable pour les producteurs de lait et j'en profite pour insister sur la qualité de nos produits alimentaires.

J'espére qu'aucun opérateur n'osera nous faire le coup de s'approvisionner en matière grasse végétale importée pour satisfaire et gruger une fois de plus, un consommateur qui ne comprend plus rien.
Il est temps de produire et de ne pas baisser les bras. C'est la mission des agriculteurs et du syndicalisme agricole. C'est l'enjeu du siècle à venir.

Didier Villard

 

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