Publié le 19/05/2018 à 09:45 / Jean-Marc Emprin

Biodiversité

Bonne nouvelle : après une succession d'années noires pour l'apiculture, les premiers indicateurs de production 2018 sont au vert.

Les apiculteurs et les agriculteurs partagent souvent les informations sur leurs pratiques.

Le secteur apicole traverse une crise profonde et structurelle depuis plus de 20 ans. Conséquences : une diminution du nombre d'apiculteurs expérimentés et un vieillissement de la population. Le nombre de ruches et d'abeilles reste néanmoins à peu près stable grâce aux exploitations professionnelles. Les raisons de la crise sont multiples : perte de biodiversité, mauvaises conditions hivernales récurrentes, enjeux sanitaires et pollution. « L'arrivée du Varroa aux début des années 80 a été un tournant majeur. La faiblesse de l'innovation scientifique et technique et le manque de volonté politique pour mettre en place des programmes de lutte collective ont conduit à un désastre sanitaire. A cela s'ajoute depuis trop longtemps une ressource alimentaire insuffisante pour les abeilles » déplore Philippe Lecompte, apiculteur bio professionnel en Champagne et Président du Réseau Biodiversité pour les Abeilles. Sans fleurs, pas de pollen et pas de nectar ! Or le pollen est indispensable au maintien de la défense immunitaire des abeilles et le nectar est la base de la production de miel.

Les agriculteurs au chevet des abeilles

Longtemps accusés à tort de tuer les abeilles, les agriculteurs sont en réalité les pères nourriciers des butineuses lorsqu'ils produisent des cultures mellifères. C'est le cas des oléagineux comme le colza et le tournesol. D'autres productions végétales telles que la luzerne et la lavande constituent des sources d'alimentation riches en nectar ou le sarrazin, en fort développement, qui apporte pollen et nectar ; ce qui explique que les abeilles les plébiscitent. « C'est particulièrement vrai ce printemps » se réjouit Philippe Lecompte. Comme d'autres apiculteurs champenois, il vient d'enregistrer des productions de miel de plus de 15 kg grâce au colza ces 8 derniers jours. « Ce qui compte avant tout pour les abeilles, c'est la présence d'une ressource alimentaire satisfaisante. » Et au cœur de la Champagne crayeuse, malgré l'utilisation de pesticides par les agriculteurs, les abeilles font leur miel et se portent bien. Le secret est simple et bien connu : le respect de la réglementation sur l'usage des pesticides pour protéger les pollinisateurs d'une part, et les échanges permanents entre agriculteurs et apiculteurs d'autre part. Le partage du territoire et le maintien des équilibres est une réalité dans la plupart des régions de France. « On parle toujours du train qui arrive en retard et jamais de tous les autres qui sont à l'heure. En apiculture, c'est la même chose : on ne parle jamais des apiculteurs dont les abeilles se portent bien. On ne parle pas assez non plus de la bonne entente entre apiculteurs et agriculteurs. C'est pourtant ce qui est vécu dans de très nombreuses situations » souligne Jean Fedon, apiculteur en Limousin depuis 1960. Voilà pourquoi il faut que les abeilles puissent continuer à bénéficier de ces ressources alimentaires qui ne doivent pas disparaître mais s'améliorer. La menace est pourtant bien réelle avec une multiplication des contraintes techniques et l'arrivée de nouveaux parasites. Apiculteur en Champagne, Jean Luc Ferté dénonce « l'imposture intellectuelle qui consiste à accuser les produits phytosanitaires en bloc. On n'a pas la moindre donnée sur la part qui revient en propre au fameux nuage de pollution diffuse dont on peut légitimement douter de l'importance, en raison de son caractère hyper dilué. » Les agriculteurs doivent continuer à bénéficier d'une palette d'outils à leur disposition pour produire des cultures pollinifères et nectarifères et offrir ainsi aux abeilles et à l'ensemble des pollinisateurs sauvages les biotopes les meilleurs pour eux.

Une approche européenne

La mobilisation du monde agricole pour les abeilles sera au cœur de la 7e édition de la Bee Week (Semaine Européenne des Abeilles et de la Pollinisation) qui se tiendra à Bruxelles du 26 au 28 juin 2018. Co-fondé par le Réseau Biodiversité pour les Abeilles, cet événement réunit désormais le Parlement européen, la Commission européenne, l'université de Liège, les agences des Nations Unies et l'ensemble des parties prenantes comme BeeOdiversity ou l'EBPA (association européenne des apiculteurs professionnels). Alors que se tient la Journée Mondiale de l'Abeille ce dimanche 20 mai, il est urgent de répondre aux enjeux de la filière apicole. Les réponses sont multiples. 

Jachères apicoles encouragées

La PAC (Politique Agricole Commune) vient de prendre en compte les besoins de l'apiculture grâce à une mesure incitative en faveur des jachères apicoles. Les agriculteurs sont donc encouragés au plan réglementaire à mettre en place ces oasis de biodiversité. Au lieu de laisser une parcelle en jachère, les agriculteurs sèment des mélanges de fleurs spécialement sélectionnées pour leur richesse en pollen et en nectar. De tels aménagements sont particulièrement efficaces puisque leur présence sur moins de 0,5% de la zone de butinage des abeilles assure en moyenne les deux tiers de l'alimentation en pollen des colonies.

Pierre Testu, réseau biodiversité pour les abeilles
Mots clés : APICULTURE ABEILLE BEE WEEK JACHERE APICOLE
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