Publié le 12/07/2018 à 16:20 / Isabelle Doucet

#12juillet1998

Il y a 20 ans, le 12 juillet 1998, Aimé Jacquet et ses joueurs de l’équipe de France de football procurent une énorme joie à tout le pays en décrochant la Coupe du monde. Depuis, il restera l’une des personnalités préférées des Français. Cet homme attachant revendique ses racines rurales, son amour du monde de la terre, où il a beaucoup appris avec son père Claudius, le boucher, entre autres les valeurs de respect et du travail bien fait. Son humilité et sa gentillesse proviennent sans doute de ce passé en terre ligérienne, comme le prouvent les extraits de sa biographie « Aimé Jacquet - Ma vie pour une étoile ».

Aimé Jacquet, le “fils de Claudius”

Mes racines, que je prends bien garde de ne jamais renier, sont là-bas, à Sail-sous-Couzan, un petit village de la Loire, où je suis né le 27 novembre 1941 sous le toit de Claudius Jacquet, homme fort et imposant d'une autorité naturelle qu'on ne contestait pas, et qui exerçait le métier de boucher.

Avec ma mère, Bénédicte, il tenait la boucherie près de la mairie.

En ce temps-là, Sail-sous-Couzan avait une véritable activité industrielle avec deux usines de métallurgie, une de textile, et une source d'eau minérale gazeuse qui était le véritable poumon économique du village.

 

Elle était belle la boucherie de mon père

La boucherie de la famille Jacquet est aujourd'hui reconvertie en logement, mais elle est restée telle quelle, côté rue. Une façade traditionnelle en petits carreaux de faïence blancs, avec quelques motifs et des bandes verticales et horizontales de couleur rouge.

« Sur mes yeux d'enfants, ces carreaux rouges et blancs exercèrent longtemps une sorte de fascination. D'autant que j'avais le loisir de les contempler, mon père n'aimant pas trop que je traîne à l'intérieur de la boutique, on ne s'amuse pas autour de la viande.

Elle était belle cette boucherie et mes parents veillaient à ce qu'elle soit toujours impeccable. Tous les jours nettoyage à grande eau et, chaque soir, mon père raclait scrupuleusement le plot, ce grand établi sur lequel il travaillait la viande, pour en faire disparaître la moindre trace.

J'aimais passer du temps avec lui dans le " laboratoire ", cette pièce à l'arrière de la boutique où il préparait ses pâtés et ses boudins.

L'appartement était voisin, avec les chambres à l'étage et tout en haut la pièce où dormaient les commis, à côté des saucissons et des jambons qui séchaient.

Mon père se levait tous les matins à 5 heures, parfois à 4 heures, et mon grand plaisir, ma grande fierté aussi dès que je fus en âge de donner un coup de main, c'était de partir le jeudi matin avec lui, dans la Juva 4, le col de la canadienne relevé jusqu'aux oreilles, au marché aux bestiaux de Boën-sur-Lignon.

Il achetait une vache, un veau, parfois des génisses, et avec la remorque on rentrait à Sail, direction l'abattoir, où l'on tuait tout de suite. Puis mon père pouvait dépecer la bête et la meettre en quartier. 

Le travail, c'est sacré

L'après-midi, je faisais la triperie. Autre genre de réjouissance après l'abattoir !

Feuillet par feuillet, il fallait tout nettoyer à grande eau, dans le ruisseau, qu'il pleuve ou qu'il gèle.

Les copains venaient souvent me donner un coup de main pour qu'on aille jouer au foot le plus vite possible. Mais pas question de bâcler le travail ou de partir avant que tout soit en ordre ! Le travail, c'est sacré et ça passe avant tout le reste.

Je l'ai appris très tôt et je ne l'ai jamais oublié. J'aimais quand mon père faisait ce qu'on appelle l'embouche : il achetait des vaches pour les mettre au vert un certain temps avant de les abattre.

Nous louions un grand pré et il fallait amener le troupeau jusqu'au fameux pré. Avec le chien, et mon copain Jacky, nous escortions le troupeau tandis que mon père nous précédait à bord de la Juva 4.

Pour nous amuser, nous faisions galoper le troupeau et alors c'était la fuite en avant, nous ne contrôlions plus grand-chose...

Ce qui nous valait de drôles de savons ! Je ne sais pas si c'est là que j'ai pris goût à la course - on ne parlait pas encore de footing ! - mais gamin, j'étais toujours en mouvement.

Dès que nous avions un moment de libre, nous étions dehors, avec les bêtes, ou aux champignons, dans les prés, en forêt.

Nous ne connaissions pas la fatigue. Nous aurions même bien dormi à la belle étoile dans les cabanes que nous construisions inlassablement, mais là, les parents n'étaient pas d'accord...

Témoin de l'amour que le paysan porte à ses bêtes

C'est dans ces années-là, à coup sûr, que j'ai contracté pour toujours le virus de la nature, de la vie à la campagne, au rythme du soleil et des saisons.

En accompagnant mon père qui allait acheter des bêtes chez les paysans, j'ai découvert un monde convivial, la porte toujours ouverte pour un verre de vin de leur vigne, pour le casse-croûte ou l'omelette de huit heures, le repas de midi, le quatre-heures ou la soupe du soir.

J'ai été le témoin du véritable amour que le paysan porte à ses bêtes, de l'échange qui se crée quand il leur parle, quand il appelle ses vaches par leur prénom, la Pervenche, la Rouquine, la Mignonne...

Quand j'avais dix ans, je pensais que je ferai un jour partie de ce monde paysan, que j'aurai, moi aussi, mes vaches, mes cochons. Et mon petit bout de vigne, comme mon père.

Moi aussi, je ferais mon vin après les vendanges qui donnaient lieu, là encore, à de belles fêtes réunissant les voisins, les amis.

 

 

Reprendre la boucherie de mon père, je n'y pensais pas vraiment. Mais lorsque je l'accompagnais sur une foire, je n'étais pas peu fier d'entendre sur mon passage des gens qui ne connaissaient pas mon prénom me désigner comme «  le fils à Claudius  ». Dans ma petite tête, ce n'était pas un mince compliment ! 

Claudine Lavorel

Extraits de la biographie « Aimé Jacquet - Ma vie pour une étoile ». Un récit recueilli par Philippe Tournon.

 

Aimé le discret

L’enfant de Sail-sous-Couzon, l’outilleur-fraiseur de Saint-Chamond, le joueur professionnel de l’AS Saint-Étienne, l’entraîneur de Bordeaux et de l’équipe de France dit avoir traversé ses années d’existence avec une même joie de vivre, donnant et prenant le meilleur sans trop s’attarder sur le reste.
« Par la magie d’une Coupe du monde conquise un beau soir de l’été 1998, mon nom est sans doute appelé à rester dans les mémoires. Mais ça n’a pas beaucoup d’importance. Tant pis si l’on me trouve un peu décalé ou rétro dans un monde où l’apparence prime de plus en plus sur la réalité, où l’effet d’annonce tient souvent lieu d’action en profondeur et où bonimenteurs de tout poil, complaisamment mis en scène, abusent de la crédulité du public. »
Pour Aimé Jacquet, le bonheur, c’est d’être avec les jeunes joueurs près des terrains et de leur transmettre les valeurs du sport, de l’effort, du fair-play.

 

Le parcours d’Aimé Jacquet 
• Carrière de joueur :
1961 à 1973 : AS Saint-Étienne
1973 à 1976 : Olympique Lyonnais
2 fois international en équipe de France (RFA et Espagne)
• Carrière d’entraîneur :
1976 à 1980 : Olympique Lyonnais
1980 à 1989 : Girondins de Bordeaux
1989 à 1990 : Montpellier Hérault
1990 à 1991 : AS Nancy Lorraine
Entre à la Direction technique nationale en 1992.
Entraîneur de l’équipe de France auprès du sélectionneur Gérard Houllier à compter du 15 juillet 1992.
Sélectionneur entraîneur de l’équipe de France en date du 17 décembre 1993. 

Mots clés : BOUCHERIE AIME JACQUET 12 JUILLET 1998 CHAMPION DU MONDE SAIL-SOUS-COUZAN
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