Publié le 27/08/2018 à 18:45 / Isabelle Doucet

Exposition

Les 49e Rencontres de la photographie d'Arles se déroulent jusqu'au 23 septembre. Pourquoi ne pas découvrir le temps d'un week-end ce que la photographie donne de mieux à l'art à travers le regard de dizaines de photographes du monde entier ?

Depardon USA, 1968‐1999 à l'Espace Van Gogh.

Prendre le temps, scruter le détail, se laisser surprendre. Imaginer l'histoire qui se cache derrière chaque photographie. Instants volés, instants choisis, mouvement furtif, contemplation passive.

Les Rencontres de la photographie d'Arles offrent aux visiteurs une vision du monde à travers l'objectif du photographe, forcément transcendée.

Les choix artistiques vont du noir et blanc à la couleur, l'argentique et le numérique se complètent et s'enrichissent, la lumière, les ombres, l'exposition, le cadrage constituent autant d'œuvres d'art que de photographies.

Et il y en a tant à découvrir parmi les 36 expositions officielles des Rencontres placées sous le signe du Retour vers le futur, sans compter tout ce que le « Off » peut réserver de surprises.

Ainsi va Arles, emmenant le visiteur d'une rencontre à l'autre, d'un coup de cœur à un coup de poing, du rêve à la réalité.

Plusieurs thèmes servent de fil conducteur aux expositions abritées dans les multiples lieux patrimoniaux de la ville : America great again ! ; Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ; Humanité augmentée ; Le monde tel qu'il va ; La Plateforme du visible ou encore Figures de styles ; Dialogues ou Emergences.

Un regard sur l'Amérique

Dans « ce voyage à travers les époques » et les continents, les Etats-Unis restent un objet de fascination pour l'artiste.

Le regard du photographe européen sur l'Amérique est sans concession, mais souvent magnétique. A l'image des photos du Suisse Robert Franck qui effectue en 1958 un road trip qui donnera matière à un livre titré Les Américains, série de portraits de gens « ordinaires », d'une Amérique sans fards et sans complexes.

 

Robert Frank, Sidelines à l'Espace Van Gogh.

 

 

L'espace Van Gogh révèle ainsi des dizaines de clichés, pour nombre inédits, empreints de langueur et de paradoxes, à l'image d'une société outre-Atlantique tout juste sortie de la guerre et qui n'a pas encore vibré sous le butoir de l'année 1968.

C'est justement cette année-là que le Français Raymond Depardon effectue son premier voyage aux Etats-Unis où il couvre la convention démocrate de Chicago.

Il y reviendra dans les années 80 produisant une série de photos en noir et blanc, véritable leçon de styles, où le regard épouse l'ondoiement de l'herbe, s'attarde dans une station service désaffectée, suit les formes graphiques des constructions étasuninennes, campe à côté de personnages pris sur le vif.

 

Raymond Depardon, regard sur l'Amérique.

 

 

Cette exposition située au premier étage de l'espace Van Gogh est sublimée par une élégante mise en scène où les murs bleus et une lumière tamisée servent de révélateurs aux clichés monochromes.

Plus récentes, les photographies de Paul Graham sont à voir à l'église des Frères Prêcheurs.

 

Paul Graham, La Blancheur de la baleine, ou le sens du détail.

 

 

Les triptyques et les clichés pris sous différents angles renforcent les oppositions sur lesquelles le photographe s'attarde, tourne autour jusqu'à fixer le détail : une robe rouge, une mouche, un clin d'œil.

Quelles que soient les expositions, le thème America Great again ! révèle aussi tout l'humour des artistes qui se délectent de cette Amérique terre de contrastes.

Scruter l'âme humaine

De l'humour, les photographes comme le norvégien Jonas Bendisken n'en manquent pas, dont la série Le Dernier testament propose un tour du monde des hallucinés.

Ces marabouts et autres prédicateurs se prennent pour le Messie et veulent sauver le monde à leur manière, suivis (ou poursuivis) par une poignée ou une foule de fidèles.

 

Jonas Bendiksen, Le Dernier Testament.

Les panneaux gigantesques mettent en abîme la folie douce de ces hommes, tandis que le photographe-reporter met à nu l'âme humaine, la sonde dans son déchirement, dans sa soif de comprendre Dieu et, à défaut, de l'incarner, avec maladresse, pathétisme et conviction.

Le thème de l'Humanité augmentée inspire aussi l'exposition The Hobbyist, à l'église des Trinitaires, où les passe-temps de notre siècle sont passés à la loupe, voire à la moulinette.

Ce collectif explore nos passions, nos hobbies, depuis la poupée Barbie jusqu'à la suprématie des nouvelles technologies, en passant par le surf, le culturisme ou les baskets en série, chacun à son rythme, toujours décalé.

The Hobbyist, en quête de passion.

Les clichés interpellent, donnent à penser sur nos dérives, jouent là aussi des contrastes entre un corps bodybuildé et une première bicyclette, une planche de surf bleue au milieu des jaunes. Des diktats magnifiés par l'objectif.

Trompe l'œil

Arles étant une quête exploratoire et chaque lieu - chapelle, cloître, monument - un écrin pour une nouvelle expo en majesté, le visiteur est étonné quand, accédant au dernier étage du cloître Saint-Trophime, il se trouve confronté aux impressionnantes toiles du Village Potemkine.

Le photographe autrichien Gregor Sailer est allé à la recherche de ces façades artificielles masquant la misère le temps d'une visite officielle, de ces villages fantômes centres d'entraînement, chimères d'une société qui se prend pour, veut briller face au monde avec de la poudre aux yeux.

Gregor Sailer, Le Village Potemkine ou des murs pour rendre sa réalité à l'illusion.

 

 

Et le regard se prend au jeu de ces villes imaginaires, ces trompe-l'œil à peine dévoilés par l'artiste, que seul l'espace restreint dans lequel ils sont présentés rappelle au réalisme.

Les Rencontres sont le carrefour de toutes les photographies où les jardins du Montpelliérain Baptiste Rebuchon (En Ville au cloître Saint-Trophime), qui sont le résultat d'un travail autant sur la matière que sur l'image, cotoient les braques de Weimar, passion de l'Américain William Wegman, qui érige l'anthropomorphisme à l'état d'œuvre d'art.

Souvent drôle, toujours beau, parfois dérangeant.

Isabelle Doucet

 

 

Emotion

Prendre le Train aux Ateliers

Il ne faut pas quitter Arles sans avoir fait un saut aux anciens Ateliers SNCF pour y découvrir cet ovni photographique qu'est Le Dernier voyage de Robert Kennedy, mis en scène à travers une exposition appelée « The Train ».
The Train, le dernier noyage de Robert F.Kennedy aux Anciens ateliers SNCF.

Le lieu était prédestiné pour raconter l'histoire du voyage en train, entre New York et Washington, le 8 juin 1968, de la dépouille du sénateur candidat démocrate à la Maison Blanche, trois jours après son assassinat.
Le photographe Paul Fusco était dans le train funéraire et a capté le visage d'une Amérique sidérée, rassemblée impuissante sur le parcours morbide.
Les traits des personnages pris sur le fait, interrompus dans leur travail ou leurs loisirs sont figés. Hommes, femmes, enfants, jeunes ou vieillards portent un deuil sincère et glaçant.
On retrouve ces même anonymes dans le travail de compilation de documents amateurs réalisé par l'artiste hollandais Rein Jelle Terpstra, films, photos qui disent « J'étais là », comme un cri muet pour que cesse la violence.
Enfin, le Français Philippe Parreno propose une reconstitution du cortège funéraire dans un film de 70 mm.
Le spectateur suit le « point de vue du mort » depuis le wagon de la dépouille et croise le regard de ces américains venus lui rendre un dernier hommage. Le train ralentit, repart, accélère, s'arrête à nouveau comme pour dire « au revoir ».
Les Ateliers étant placés sous le signe de l'émotion et de l'hommage aux défunts, le rez-de-chaussée est dédié au travail de l'artiste Ann Ray qui brosse le portrait du couturier Lee McQueen et de son œuvre à la maison Givenchy, de 1996 jusqu'à sa disparition en 2010.
Anne Ray, Les inachevés, émouvant portrait de Lee McQueen et de son œuvre.

Une exposition où la beauté le dispute au désespoir.
ID

 

Les Rencontres pour tous

Rencontres de la photographie d'Arles 49e édition, proposent 36 expositions jusqu'au 23 septembre.

Créées en 1970, les Rencontres d'Arles ont attiré, en 2017, 125 000 visiteurs.

C'est un festival de photographie où les œuvres « habitent » les lieux historiques de la ville.

Et comme en Avignon, il a le In et le Off.

Au-delà des expositions, les Rencontres proposent de nombreux échanges, ateliers, soirées et stages qui s'adressent autant au jeune public qu'aux professionnels.

Du 5 au 18 septembre, La Rentrée en image accueille ainsi 300 classes et 600 enseignants.

Des rencontres professionnelles de l'éducation à l'image ont aussi lieu les 20, 21 et 22 septembre.

 

Voir le programme des Rencontres de la photographie d'Arles

 

Mots clés : PHOTO EXPOISITION ART RENCONTRES PHOTOGRAPHIQUES ARLES DEPARDON THE TRAIN
Publicité
Annonces légales