Loi Egalim, agriculture urbaine, « zéro artificialisation »… Nombre de colloques, webinaires et tables-rondes réalisés en visioconférence lors du Salon des maires et des collectivités locales (SMCL) qui s’est tenu du 24 au 26 novembre, ont été consacrés à l’agriculture, notamment dans ses aspects biologiques.

Les collectivités locales à l’heure agricole
La loi Egalim prévoit qu'au 1er janvier 2022, au plus tard, les repas servis en restauration collective dans tous les établissements chargés d’une mission de service public devront compter 50 % de produits de qualité et durables, dont au moins 20 % de produits biologiques. (Crédit : SD)

Les solutions proposées aux élus locaux pour développer l’agriculture à proximité de leur collectivité ont fleuri au cours du dernier Salon des maires et des collectivités locales (SMCL). Certaines collectivités ont adhéré à des structures comme Territoire Bio Engagé (TBE), label créé en 2012 par Interbio Nouvelle Aquitaine sur les bases des critères définis par le Grenelle de l’Environnement : 6 % de la surface agricole utile (SAU) en biologique et 20 % de produits bio intégrés dans les repas servis. La loi Egalim enfonce le clou et « le 1er janvier 2022, au plus tard, les repas servis en restauration collective dans tous les établissements chargés d’une mission de service public devront compter 50 % de produits de qualité et durables, dont au moins 20 % de produits biologiques ».

TBE peut ainsi délivrer deux labels : un pour les collectivités et un autre pour les établissements (collèges, maisons de retraite, lycées, cuisine centrale…) qui suivent cette démarche. Ce label concerne six régions sur treize. « Priorité est souvent donnée à la saisonnalité, à la proximité (circuits courts), à la préservation des ressources naturelles, la valorisation de l’ensemble de la production et la sécurisation commerciale pour les fournisseurs », détaille Christophe Simon, directeur du SIVU1 Bordeaux-Mérignac qui livre presque 25 000 repas par jour.

Réduire la viande dans les repas 

Cependant mettre l’agriculture, y compris conventionnelle, au service de l’alimentation des territoires reste une démarche compliquée en raison de la pénurie de foncier qui entoure les grands centres urbains. L’outil Parcel (parcel-app.org) permet d’évaluer les surfaces agricoles nécessaires pour se nourrir localement, ainsi que les emplois agricoles et les impacts écologiques associés à d’éventuels changements de mode de production agricole. Par exemple : pour une ville moyenne comme Saumur (28 000 hab / Maine-et-Loire), il faut 7 650 ha (et 330 emplois) pour nourrir toute la population, en conservant les modes de productions actuels. Si la collectivité souhaite passer au 100 % bio, il lui faudrait alors doubler les chiffres, soit 15 300 ha (et 650 emplois). Dans le premier cas, il n’y aurait pas d’impact écologique. Dans le second, les émissions de gaz à effet de serre diminueraient de 54 %.

La plupart des acteurs s’adressant aux élus les encouragent surtout à réduire la part des animaux dans l’alimentation pour réduire le nombre d’hectares nécessaires à la couverture des besoins alimentaires. Dans le cas de Saumur, la réduction d’au moins 50 % de la viande dans les plats distribués réduirait le nombre d’hectares mobilisables à 4 100 ha en agriculture conventionnelle et 7 610 ha en bio.

Réconcilier urbains et agriculteurs 

Autre solution : déployer « l’agriculture urbaine », en préservant les ceintures vertes (les fermes en périphérie des villes) et en développant une culture de subsistance localisée. « L’un des avantages de l’agriculture urbaine est d’une part de reconnecter les urbains et leur alimentation et d’autre part, de faire le pont entre les agriculteurs et les urbains et contribuer à la réconciliation », insiste Anouck Barcat présidente de l'Association française d'agriculture urbaine professionnelle (Afaup). Mais cette pratique reste confidentielle puisqu’à ce jour, l’Afaup qui compte 85 adhérents ne compte que 80 ha cultivés sur 600 sites exploités pour 600 emplois équivalent temps plein. Hélène Béchêt, chargée des relations avec les collectivités à Terre de Liens Île-de-France, remarque que les collectivités ne mobilisent généralement que 3 ou 4 ha pour installer principalement des maraîchers, « en reconversion professionnelle, généralement sans formation et sans capital de départ. Sans le soutien des collectivités pour l’acquisition du foncier et des bâtiments, principalement des serres, le projet ne serait pas viable », a-t-elle indiqué. L’agriculture conventionnelle a encore de beaux jours devant elle. 

Christophe Soulard

1. Syndicat intercommunal à vocation unique