SANITAIRE
Influenza aviaire : le retour des abattages préventifs

Face à la diffusion du virus de grippe aviaire, le ministère de l'Agriculture a ordonné le recours à des abattages préventifs dans les élevages situés à 3 km des foyers. Une montée en puissance des moyens de lutte, encore loin du « dépeuplement massif » de 2017, nuance l'interprofession.

Influenza aviaire : le retour des abattages préventifs
Au 3 janvier, 61 foyers de contamination à la grippe aviaire H5N8 avaient été recensés en France, rapporte le ministère de l’Agriculture. (Crédit : Pixabay)

La nouvelle n'a pas fait plaisir aux professionnels. À la veille de Noël, le ministère de l'Agriculture a publié une liste de 11 communes du département des Landes « où des abattages préventifs de volailles peuvent être ordonnés ». Dans ces zones, les canards des élevages situés à moins de 3 km doivent être abattus. Quatre jours plus tard, le ministère a étendu par un nouvel arrêté la zone concernée, portant le nombre de communes à 109, dont 104 dans les Landes et 5 en Pyrénées-Atlantiques. Cette extension aurait été décidée suite à la suspicion de nouveaux foyers depuis Noël, ont rapporté la presse locale et la directrice du Cifog (interprofession), Marie-Pierre Pé. « Nous avons d'abord mal reçu la parution de ce premier décret », relate Marie-Pierre Pé. « Mais lorsque nous avons écouté les explications scientifiques à la préfecture, nous avons bien compris. Les échantillons décelaient une très forte présence du virus. » Un dernier arrêté publié le 3 janvier au Journal Officiel « étend la zone dans laquelle les préfets peuvent ordonner un abattage préventif à 13 nouvelles communes dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques », indique le ministère de l’Agriculture.

Encore loin de 2017

Au 3 janvier, 61 foyers de contamination à la grippe aviaire H5N8 avaient été recensés en France, indiquait le ministère de l’Agriculture dans un communiqué. La mesure marque donc une montée en puissance dans la lutte contre cet épisode d'influenza aviaire. « Nous ne sommes pas dans un dépeuplement massif comme en 2017 », nuance toutefois le Cifog. Après la contamination de la Chalosse au printemps 2017, des mesures beaucoup plus drastiques qu'actuellement avaient été mises en place : abattage préventif des élevages à 10 km des foyers, et interdiction de remise en production durant plusieurs semaines, pour instaurer un vide sanitaire à l'échelle territoriale. Durant l’épisode 2016-217, plus de 600 communes étaient concernées par ces mesures. Plusieurs millions de canards avait été abattus préventivement. La France avait recensé près de 500 foyers et cas d'influenza aviaire hautement pathogène.

Des oppositions

Comme lors de la précédente crise d'influenza aviaire dans le Sud-ouest, la Confédération paysanne et le Modef ont communiqué d'une même voix le 29 décembre, pour dénoncer le recours aux abattages préventifs pour lutter contre l'extension de la maladie. Les deux syndicats contestent « le choix de « sacrifier » la zone de production de la Chalosse pour tenter de sauver les autres zones » et estiment que la stratégie « formulée par le Cifog (interprofession) et ses grands opérateurs économiques » privilégie « au mieux leurs propres intérêts en faisant abstraction des réels enjeux sanitaires et des éleveurs et éleveuses ». De son côté, l'interprofession a rappelé que « ce n'est pas le Cifog qui décide » des plans de lutte contre l'influenza, mais bien « la DGAL (ministère de l'Agriculture, ndlr) sur avis de l'Anses », explique Marie-Pierre Pé.

M.R.

Le soutien de la CFA aux éleveurs

Dans un communiqué du 5 janvier, la Confédération de l’aviculture française (CFA) « apporte tout son soutien » aux éleveurs touchés par l’influenza aviaire hautement pathogène (H5N8). Elle demande « à l’Etat d’agir au plus vite pour les indemniser et prendre en charge les pertes économiques de non-production ». Pour Jean-Michel Schaeffer, président de cette association spécialisée de la FNSEA, « nous devons à tout prix éviter le scénario traumatisant de l’hiver 2016/17 où un dépeuplement massif avait dû être mis en œuvre dans le Sud-Ouest. Tout doit être mis en œuvre pour endiguer la diffusion du virus. » Saluant le travail réalisé par la filière sur le terrain depuis quelques semaines pour gérer la crise, la CFA demande à l’État d’agir vite pour indemniser les pertes économiques. « L’impact économique et psychologique sur les éleveurs est dramatique », indique la CFA.