ENVIRONNEMENT
Présidence française de l’UE : Emmanuel Macron défendra une « sortie accélérée » des pesticides

En ouverture du congrès mondial de l’UICN le 3 septembre, le président français a indiqué son intention de porter une initiative de sortie des pesticides lorsque Paris prendre la tête du Conseil en janvier prochain. Une déclaration qui ne marque sur le fond aucun changement de trajectoire, rassurent l’Élysée et le ministre de l’Agriculture. Les véritables annonces devraient arriver avec France 2030, le plan d’investissement attendu à l’automne.

Présidence française de l’UE : Emmanuel Macron défendra une « sortie accélérée » des pesticides
Emmanuel Macron le 3 septembre au Congrès de l'UICN à Marseille. ©Agrapresse

Devant la communauté internationale, les entreprises, et les institutions de protection de l’environnement, les mots ont été forts. « Je veux que la présidence française de l’Union européenne porte une initiative forte de sortie accélérée des pesticides », a annoncé Emmanuel Macron en inaugurant le Congrès mondial de l’UICN à Marseille le 3 septembre. « Ce n’est qu’au niveau européen que nous y arriverons », a poursuivi le président, soulignant la nécessité de développer la recherche tout en soutenant les agriculteurs.

Aucun changement de ligne, rassure-t-on cependant dans l’entourage du président. Comme le résume le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, auprès d’Agra Presse : « Si nous voulons avancer rapidement dans les transitions, il faut évidemment un accompagnement, comme nous le faisons avec le plan de relance et France 2030. Et ce que dit aussi le président, c’est qu’il faut aussi absolument porter ces sujets au niveau européen, au risque de nous exposer à une concurrence déloyale ». Le ministre de l’Agriculture demeure d’ailleurs déterminé à ce que l'inscription de « clauses miroirs » dans les échanges commerciaux, condition essentielle de la réduction des utilisations de pesticides selon lui, fassent bien partie des sujets portés par la présidence française de l’Union Européenne. « En plus de l’Europe, nous devons aller un cran plus loin sur le volet international. Est-ce normal aujourd’hui qu’un produit qui n’est pas autorisé sur notre territoire national puisse rentrer par nos importations ? La seule solution pour avancer, ce sont les clauses miroirs », défend Julien Denormandie.

La FNSEA prudente

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, se dit malgré tout surprise du terme de « sortie » employé par le président : « Emmanuel Macron est le premier président à parler de cette façon ». Et de nuancer : « C’est aussi le premier à nous avoir dit qu’il interdirait le glyphosate, pour revenir en arrière trois ans plus tard ». La patronne du syndicat majoritaire s’en tient donc pour l’heure à la position répétée le 3 septembre par Julien Denormandie à la foire de Chalon-en-Champagne. Comme elle le résume : « Nous avons besoin des pesticides, mais il faut les utiliser raisonnablement, les réduire, et développer l’innovation pour trouver des produits qui aient le moins d’effets possibles sur l’environnement ». Le mot de « sortie » des pesticides ne serait même pas neuf, rappelle le cabinet de Julien Denormandie. Le ministre de l’Agriculture dispose notamment depuis février 2021 d’un conseiller « innovation, santé des végétaux, sortie de la dépendance aux produits phytosanitaires » en la personne de Pierre-Adrien Romon. Alors qu’aucun détail n’est arrêté sur la promesse présidentielle, le terme d’« initiative » pourrait simplement consister à mettre le sujet à l’ordre du jour des discussions communautaires.

L’agriculture au cœur de France 2030

Si la déclaration présidentielle sur les pesticides a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, Julien Denormandie salue avant tout la place qui sera réservée à l’agriculture dans le futur plan France 2030. Une stratégie d’investissement qui devrait être annoncée à l’automne pour « faire émerger les champions de demain » dans le numérique, les industries vertes ou les biotechnologies. « C’est un message fort. Pilier de France 2030, l’agriculture fera partie des atouts de notre pays pour la prochaine décennie », se réjouit le ministre de l’Agriculture. Pour l’heure, aucun montant ni aucun secteur n’ont cependant été dévoilés. « Le but, ce n’est pas d’avoir un nouvel abondement des crédits du plan de relance », précise-t-on toutefois au sein du cabinet du ministre. Selon Christiane Lambert, la FNSEA serait elle aussi au travail sur le sujet. « Nous réfléchissons déjà à ce que nous allons proposer. Aide à la décision, capteurs, robots : il y a encore de nombreux outils nous avons besoin et qui n’existent pas encore ».

IL