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Des niveaux de vie très disparates en agriculture

Les disparités de niveau de vie sont plus importantes parmi les ménages agricoles qu'ailleurs, selon une récente note de l’Insee. Une différence qui s'explique en grande partie par les types de production.

Des niveaux de vie très disparates en agriculture
Globalement, les ménages agricoles disposent des revenus agricoles les plus faibles (…) dans les territoires de production de bovins viande ou mixte, d’ovins ou de caprins.

Qui sont les « ménages agricoles » ? C'est un travail original qu'a publié l'Insee le 11 octobre, qui permet de compléter le portrait des agriculteurs français d'aujourd'hui. Les statisticiens ont passé au crible les déclarations des ménages fiscaux comprenant au moins un agriculteur ou une agricultrice, pour les comparer au reste des ménages d'actifs. Les résultats éclairent la question du revenu des agriculteurs, réapparue dans les débats publics depuis la crise laitière de 2009, et traitée depuis par les lois Sapin 2 de 2016, Egalim de 2018, puis Egalim 2.

Niveau de vie 

Dans sa note, l'Insee s'est attaché aux revenus fiscaux des agriculteurs et de leur conjoint. Et à y regarder de loin, les ménages agricoles ne se distinguent pas des autres ménages français. La moitié d'entre eux gagne plus de 22 000 euros par unité de consommation, soit un niveau de vie médian « comparable » à celui de l'ensemble des ménages d'actifs. Mais en s'approchant, des nuances apparaissent : les inégalités sont plus importantes entre ménages agricoles qu'ailleurs, relève l'Insee. Concrètement, le niveau de vie (revenu rapporté au nombre de personnes dans le ménage) des 10 % les plus modestes est 4,7 fois inférieur à celui des 10 % les plus aisés, contre 3,3 pour l'ensemble des professions. Cela est dû notamment à une pauvreté dite « monétaire » plus répandue parmi les ménages agricoles, selon l'Insee. 18 % des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté (13 000 euros par an, pour une personne seule), contre 13 % pour l'ensemble des ménages d'actifs.

Les éleveurs de bovins moins bien lotis

Et cette pauvreté est beaucoup plus répandue chez les éleveurs de ruminants (bovins, ovins, caprins) qu'en grandes cultures ou en viticulture. En 2018, les revenus générés par l'activité agricole des ménages des territoires viticoles sont 1,9 fois supérieurs à ceux des territoires d'élevages bovins, observe l'Insee. Ces problèmes de revenus agricoles sont d'ailleurs moins compensables par d'autres revenus dans les zones à dominante bovins viande, selon l'Insee. « Installés le plus souvent à la campagne, leur éloignement des pôles d'emplois limite la bi-activité », analysent les statisticiens. Par ailleurs, « ils vivent plus souvent seuls que les autres agriculteurs, et bénéficient donc moins souvent des revenus d'un conjoint ou d'un autre membre de la famille. » La situation est différente dans les zones à dominante maraîchère (Île-de-France, bassin méditerranéen, façade atlantique), où les revenus agricoles sont également parmi les plus bas. Ces ménages agricoles bénéficient en revanche d'autres sources de revenus « bien plus rémunératrices, provenant de salaires et de revenus du patrimoine. »

Deuxième source de revenu

Mais attention, on ne peut pas en conclure que la pauvreté - au sens large - serait plus répandue dans les ménages agricoles, selon l'Insee. En effet, à côté de ces carences de revenu, ils ont en moyenne « des conditions de vie plus favorables », explique l'institut. Plus souvent propriétaires de leur habitation, ils sont moins exposés aux difficultés de logement. Et ils souffrent finalement moins des « restrictions de consommation courante » (absence régulière de repas complet, mauvaise température de chauffage...). En fait, l'observation la plus nouvelle de l'Insee est peut-être la suivante : dans un ménage agricole, la première source de revenu n'est souvent pas l'agriculture. En moyenne, les revenus tirés de l'agriculture arrivent derrière les autres « revenus d'activités », qui peuvent reposer sur le salaire de la conjointe et/ou le second métier de l'agriculteur (moniteur de ski…). Une chose ne change pas, l'agriculteur n'est toujours pas devenu un grand boursicoteur. Le patrimoine des ménages agricoles, qui constitue leur troisième source de revenu, est essentiellement constitué de foncier agricole, dont ils en tirent des fermages. Il repose « davantage sur leur patrimoine professionnel et moins sur les actifs financiers et immobiliers ».

MR

 

 

 

Niveau de vie par production

Niveau de vie par production

Plus mariés et plus diplômés

En 2017, selon l’Insee, les 399 000 agriculteurs exploitants de moins de 65 ans généraient 1,7 % de la valeur ajoutée de l’économie et représentaient 1,5 % des personnes en emploi. L’étude indique également que les agriculteurs, même les plus jeunes, sont « plus souvent mariés que l’ensemble des personnes en emploi : 58 % contre 44 %. Les agriculteurs semblent aussi plus sédentaires : les trois quarts habitent dans leur département de naissance. Ils sont aussi moins diplômés que l’ensemble des personnes ayant un travail. « Cependant leur niveau de formation s’est fortement élevé », note l’Insee. En effet, 80 % es agriculteurs de moins de 40 ans ont un diplôme supérieur ou égal au baccalauréat contre 72 % des autres actifs en emploi.