Mobilisations
Faire preuve de bon sens

Morgane Poulet
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Au deuxième jour des mobilisations, la FDSEA de l’Isère et Jeunes Agriculteurs de l’Isère campaient toujours au pont de Catane et sur leurs positions.

Faire preuve de bon sens
Cédric Ruzzin et Jordan Desimone se sont entretenus avec Élodie Jacquier-Laforge pour lui faire part des raisons de la mobilisation agricole.

Dans un contexte plus calme que la veille, les agriculteurs de la FDSEA de l’Isère et de Jeunes agriculteurs de l’Isère tenaient toujours le pont de Catane et la rocade à ce niveau, dans les deux sens, le 26 janvier, en attente d’annonces gouvernementales promises pour le jour même.
Ils souhaitent qu’une solution sur le long-terme soit trouvé. « Si en France, nous ne pouvons plus nourrir les Français, nous serons dépendants du reste du monde. Même avec la meilleure armée, en cas de problème mondial, nous mourrions de faim », se désole Jordan Desimone, co-président de Jeunes Agriculteurs de l’Isère. Certains élus en ont profité pour aller à leur contact et entendre leurs revendications.
 
Faire place aux filières françaises
 
Elodie Jacquier-Laforge, députée de l’Isère, s’est rendue sur les lieux de la mobilisation grenobloise. Si pour elle « il ne faut pas généraliser et dire que tous les Français préfèrent consommer du poulet étranger » et que « le souci est que la part que les ménages consacrent à l’achat de nourriture ne cesse de diminuer », Cédric Ruzzin, exploitant à Poliénas, rétorque que « le problème est plutôt qu’on puisse trouver du poulet étranger à 5 euros alors qu’un poulet français est commercialisé à 10 euros. Même si tous les Français n’achètent pas cela, s’ils ont le choix entre deux poulets à 10 euros et un seul à ce prix, ils savent qu’ils tiendront plus longtemps avec deux pour 10 euros… »
« Pourquoi y a-t-il aussi peu de bon sens concernant les importations ?, s’interroge Jordan Desimone. En France, nous préférons tout laisser pourrir dans les champs et importer des produits que nous faisons ». « Payer 110 % de taxes pour exporter nos produits et en importer sans aucune taxe, et en plus dont nous n’avons pas besoin, c’est incompréhensible », confirme Cédric Ruzzin.
 
Avenir inquiétant
 
Les exploitants s’inquiètent également de l’avenir auquel pourront prétendre les nouveaux installés. « Ceux qui sont en cours d’installation ne peuvent pas emprunter à des taux allant jusqu’à 5 ou 6 %, les banques ne suivent pas non plus », explique Jordan Desimone. D’autant plus que les agriculteurs partant à la retraite dans quelques années « ont peur d’envoyer leurs enfants souhaitant reprendre l’exploitation vers une vie pleine de problèmes. Ils sentent que c’est fini ».
Cédric Ruzzin ajoute avoir personnellement vécu cette situation. « Mon père était réticent à ce que je reprenne l’exploitation familial, et même encore aujourd’hui, il regrette de me l’avoir cédée. Il a un réel dégoût de tout ce qui se passe actuellement. Mon fils est à la MFR de Chatte et l’arboriculture lui plaît. Je préfère le pousser dans cette voie pour qu’il ne reprenne pas la ferme familiale et qu’il ait plus de chance de s’en sortir, et une fois à la retraite, je vendrai tout et on n’en parlera plus », confie-t-il.
 
Ne pas lâcher
 
A la suite des annonces faites par Gabriel Attal, les deux syndicats ont choisi de maintenir le mouvement. De nombreuses attentes n’ont en effet pas été prises en compte.
« Il n’y a rien eu en ce qui concerne les installations, explique Cédric Ruzzin. Pour les contrôles et les normes, rien de concret n’a été délivré et, surtout, pour la loi Egalim, nous attendons plus, notamment que nos produits soient revalorisés ».
Lundi 29 janvier, au matin, les troupes avaient les traits tirés. « Il faut que nous restions, mais c’est fatigant, ajoute-t-il. Nous nous relayons, mais certains, comme moi, sont là depuis jeudi. Pour ceux qui intervertissent leur place, passer une bonne nuit de sommeil chez soi permet de recharger les batteries et de revenir plus déterminé sur les lieux de mobilisation ».

Morgane Poulet