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« Ce premier coup de gel a surpris tout le monde »

Avec la baisse des températures à partir de la mi-avril, les nuits ont été agitées pour les agriculteurs, redoutant les dommages du gel sur leurs cultures. L’excès d’eau pendant la floraison aura également des conséquences sur la production d’abricots. Le point en Auvergne-Rhône-Alpes.

« Ce premier coup de gel a surpris tout le monde »
Les conséquences de ces températures extrêmes, Earl Saint-Estève, Saint-Jean-de-Muzols (Ardèche). ©Mathieu_Fraisse

En Ardèche septentrionale, dans la nuit du 18 au 19 avril, le gel « a surpris tout le monde », selon Jean-François Jacouton, vigneron sur la commune de Vion. Une de ses parcelles, située en plaine a été touchée par le gel à 90 %, en raison du développement précoce des bourgeons. Le gel a davantage touché le secteur viticole que les vergers, du fait de leur hauteur. « Le gel était à un mètre du sol », fragilisant de surcroît les vignes, précise le vigneron, également arboriculteur.  La nuit, les températures extrêmes ont perduré tout au long des deux semaines d'avril. Certains exploitants agricoles, comme Sonia Minodier, arboricultrice à Empurany et Mathieu Fraisse, installé à Saint-Jean-de-Muzols, ont réussi à protéger leurs cultures grâce à des mesures de précaution telles que l’arrosage des parcelles et l'utilisation de bougies. Désormais, Sonia Minodier s’inquiète de son côté, des conséquences de cette baisse des températures dans ses vergers : « Le froid a contribué à l’arrêt de sève dans les arbres ».

En Isère, dégâts disparates

En Isère, des épisodes de gel ont touché le département de manière inégale. À Sablons, Didier Serre, arboriculteur, explique « avoir frôlé le gel », mais avoir pu y échapper grâce à l’arrosage effectué en amont. « Cette fois, dans mon secteur, il y a plutôt eu du gel dans quelques parcelles plutôt que de manière généralisée comme en 2021 », ajoute-t-il. À Sermérieu, Martine Meunier, viticultrice a constaté « un peu de gel dans les parcelles, en particulier vendredi 26 avril ». Les bourgeons de pinot gris ont gelé, de même qu’un peu de chardonnay. « En ce qui concerne le pinot gris, qui est pourtant plus tardif que le reste, nous avons dû perdre entre 30 et 40% de la récolte », explique-t-elle. Les pertes sont importantes pour le domaine Mayoussier à Auberives-en-Royans. « Toute la syrah y est passée, ce qui constitue environ un tiers de la superficie du domaine, donc 1 hectare », explique Antoine Dépierre, viticulteur. En ce qui concerne la roussanne, « les pertes sont assez difficiles à évaluer, car une partie était sortie, l’autre pas », ajoute-t-il. Dans le Trièves, Samuel Delus, viticulteur au domaine de l’Obiou, à Prébois, sur 2,6 hectares, déclare avoir perdu « environ 1 700m2 de viognier, soit une cuvée », le reste des dégâts étant beaucoup plus partiel. En tout, il estime sa perte liée au gel à environ 2 000 bouteilles. « Mais dans l’ensemble, dans le Trièves, il n’y a pas l’air d’avoir beaucoup de dégâts dus au gel, nous espérons en tout cas qu’il ne grêle pas », ajoute-t-il.

Situation similaire en Haute-Savoie

« On est descendu à -1°C, -1,2°C. On est vraiment au seuil critique du gel pour les pommiers et les poires », estimait le 24 avril Mathieu Tissot, producteur à Pringy, sur France Bleu Pays de Savoie. Le 26 avril, les producteurs n'avaient pas encore d'estimation de leurs pertes : « Cette période de froid calme la sève et on craint que le fruit chute naturellement, donc le bilan, on l’aura d’ici quinze jours, on ne peut pas l’avoir immédiatement. On essaie déjà de sauver les fleurs pour qu’elles ne soient pas grillées », poursuit Mathieu Tissot.

La viticulture touchée dans le Rhône

Dans le Rhône, le mercure est descendu en dessous de 0 °C à plusieurs reprises, notamment les nuits du 18 au 19 avril, du 22 au 23 et du 23 au 24. La partie la plus touchée est le sud du vignoble avec des parcelles, le plus souvent basses et humides, diversement touchées, pouvant atteindre 100 % pour certaines. « Les parcelles concernées sont quand même bien impactées, au moins 50 % dans la plupart des cas », observe Mathieu Subrin, viticulteur à Sarcey. En fruits, rien de catastrophique selon Jérôme Rozier, président de la section fruits de la FDSEA et arboriculteur à Bibost. Il indiquait, jeudi 25 avril, que des producteurs de la région de Bessenay ont chauffé leur verger certaines nuits entre le 19 et le 24 avril, avec des bougies ou des systèmes de chauffage au gaz. « Il est encore un peu tôt pour mesurer les impacts de ces coups de froid. Les températures fraîches ont ralenti voire stoppé le cycle végétatif des arbres. On verra peut-être lors des retours de sève. Les pluies de ces jours devraient faire du bien », d’après lui.

Les rédactions de la presse agricole départementale et Agrafil

Arboriculture

Abricots et excès d'eau

Si les arboriculteurs du sud du département de la Loire, où se concentre une majorité de la production fruitière, n’ont pas enregistré de dégât lié au gel, des pertes sur abricotiers sont notées en raison des conditions pluvieuses en mars. Les producteurs craignent cependant les conséquences des températures basses de ces derniers jours sur les autres espèces : accentuation de la chute physiologique pouvant conduire à des pertes importantes. Même conséquences sur abricots dans la vallée du Rhône iséroise, « nous avons à peu près échappé aux épisodes de gel, dans le sens où nous n’avons eu que -1°C, confie Jérôme Jury, arboriculteur à Saint-Prim (Isère). Et la durée d’exposition au gel n’a pas été suffisamment longue pour provoquer d’importants dégâts ». En revanche, la production d’abricots risque d’être inférieure de 40 % à la normale en raison d’un excès d’eau pendant la floraison.