La spiruline inspire la marque IsHere

Les spiruliniers sont inquiets. Pour certains, les voyants ont viré à l'orange début 2018. Pour d'autres, l'alerte est plus récente. Tous font état d'une importante baisse de chiffre d'affaires depuis quelques mois. « C'est difficile à expliquer, mais c'est la même chose chez tous les producteurs français », observe Vincent Libeaut, producteur à Eyzin-Pinet depuis 2013 et membre de la Fédération des spiruliniers de France. Et il ajoute : « Jusqu'à une époque récente, nous étions tranquilles. Mais sommes de plus en plus nombreux à produire de la spiruline alors que l'effet nouveauté s'est émoussé chez les consommateurs. Nous subissons aussi le matraquage des industriels sur internet ou dans les magasins. »
Se faire connaître
A la tête de Spirulib, une ferme qui produit environ 350 kilos de bactéries bleues chaque année, Vincent Libeaut a vu fondre son chiffre d'affaires en quelques mois. Depuis, il cherche la parade : « J'avais ralenti les marchés et les foires : je m'y suis remis. » Quand son collègue de La Spiruline des fontaines, à La Chapelle-de-Surieu, lui a parlé de la marque IsHere, le jeune entrepreneur, séduit, a décidé de présenter sa candidature pour « se faire connaître » et « développer son réseau commercial ». Sa spiruline est agréée depuis la fin octobre.
Concurrence
Situation semblable à l'Earl de Layat qui produit la Spiruline du Dauphiné à Moissieu-sur-Dolon : 30% de perte de chiffre d'affaires entre les mois de juillet 2018 et 2019. « Jusque récemment, tout allait bien, confirme Clotilde Genève. Nous étions un peu plus de 100 producteurs en France. Mais en 2017, on a vu arriver une centaine de nouvelles unités, installées grâce à des conditions beaucoup plus souples, des subventions européennes via le Fonds européen d'aides maritimes et de la pêche (FEAMP), sans contrôle ni formation. Notre ferme était en phase de croissance jusqu'en juin 2018, mais depuis nous avons subi de sérieux revers. Nous l'avons senti passer. C'est le souci de toutes les productions hyper-concentrées. »
Une concurrence française qui, conjuguée à la force de frappe des industriels et au rouleau compresseur des productions chinoises et américaines, a complètement déstabilisé le marché de la spiruline paysanne. Alors que l'Earl de Layat avait décidé de réduire la voilure pour optimiser ses stocks, Clotilde et Régis Genève ont eux aussi multiplié les stands sur les marchés, les foires et les manifestations sportives. « Quand on relance la machine, les ventes repartent », se console Clotilde Genève.
La stratégie paie, mais elle est épuisante. D'oú l'intérêt pour les marques territoriales qui émergent depuis deux ans. « Si on ne nous voit pas, on n'existe pas, poursuit la productrice. La marque Is(h)ere, c'est avant tout de la visibilité. Elle nous permet de bénéficier de la communication institutionnelle, mais aussi de participer à des événements pour nous faire connaître, comme la Coupe Icare. »
Différenciation
Un atout parfaitement identifié par les spiruliniers isérois : en un an, trois entreprises sur quatre se sont fait agréer. Il est encore trop tôt pour en mesurer les effets. Les producteurs de spiruline sont néanmoins confiants. « La spiruline est connue, mais il y a encore plein de gens qui ignorent ses bienfaits : ce sont autant de clients potentiels, assure Vincent Libeaut. A nous de leur expliquer en quoi notre production locale et paysanne se différencie de celle des industriels. »
Vendre du local
Reste que la spiruline n'est pas un produit de consommation courante. « Ce n'est pas du saucisson : il faut la connaître et savoir en parler pour la vendre », insiste Clotilde Genève, qui a depuis longtemps remarqué que ses ventes étaient meilleures dans les magasins oú les vendeurs en sont consommateurs. Autre écueil : la spiruline coûte cher (environ 160 euros le kilo). Sa commercialisation est mieux adaptée à la vente directe qu'aux circuits longs. « Nos coûts de production sont élevés, ce qui fait que nous ne pouvons pas faire de tarifs "pro". Les magasins qui distribuent notre spiruline ont accepté de réduire leur marge pour vendre du local. Mais tout le monde n'est pas prêt à le faire. »