Trois bassins pour un ruisseau

« Depuis quatre ans, nous étions sans cesse embêtés par la police de l'eau. Une période durant laquelle nous avons discuté et temporisé », explique Philippe Glénat, nuciulteur à Saint-Romans, en EARL avec son épouse Claire et son fils Loïc, installé en 2018.
La récolte de noix de l'exploitation s'établit à environ 140 tonnes, variable suivant les années, principalement en AOC, variété franquette. Sur les 50 hectares de vergers, la ferme compte aussi 5 ha de fernor et 4 ha de lara.
Le problème récurrent était celui du rejet des eaux de lavage dans le ruisseau Merdaret. « Si rien n'était fait, nous risquions des poursuite pénales. Or, depuis trois ans, nous nous étions déjà engagés dans des essais avec la Senura », ajoute Loïc Glénat.
Oui, mais que faire ? Traiter l'eau, la stocker et/ou en consommer le moins possible sont les grands leviers sur lesquels s'appuient les exploitations pour s'affranchir de la question des eaux de lavage des noix.
« Nous avons fait un dimensionnement avec la Senura. Dans tous les cas, il nous fallait stocker la saison entière pour que le système soit viable. Il nous fallait donc utiliser le plus petit volume d'eau possible », commente Loïc Glénat.
Lente décantation
L'EARL Glénat a donc commencé par mettre en place une chaîne de lavage à sec performante.
En arrivant des vergers, les remorques de noix sont déchargées des trémies, et triées à la main pour séparer les bois et les cailloux.
La trémie n'est lavée qu'à partir du moment où elle est pleine, avec deux tonnes de noix.
Les noix passent dans un bac à pierre pour un lavage à sec. Ces opérations ont déjà permis de réduire par deux la consommation d'eau.
L'eau de lavage est pré-stockée dans un puits avant d'être envoyée dans des bassins de décantation. Les exploitants ont dû résoudre un problème d'engorgement des pompes de relevage en raison des résidus pâteux qui obstruaient les tuyaux au bout de huit jours. Une deuxième pompe a été installée pour brasser l'eau.
Les trois bassins géomembranés occupent une superficie de 450 m2.
Leur installation a été soumise à un dépôt de permis de construire. L'installation peut bénéficier de subventions à hauteur de 40% dans le cadre du PDR. A raison de 35 à 100 euros /m2 selon les fabricants, ce système est le moins coûteux.
Les bassins fonctionnent selon le principe de la lagune et par gravité. La décantation est lente.
« Le but est d'avoir le minimum de dépôt et seulement dans le premier bassin », explique Philippe Glénat.
Les eaux sont épandues fin mai-début juin avant l'été, notamment sur les 10 ha de céréales de l'exploitation.
L'installation ne dégage pas d'odeur. « En cas de trop plein, l'eau s'écoule dans le troisième bassin. C'est de l'eau propre que nous pouvons écarter sans problème », poursuit l'exploitant.
« C'est la solution la plus économique. Nous sommes partis un peu à l'aventure, avec nos idées », reconnaît le nuciculteur.
Isabelle Doucet
Voir aussi l'article de Terre dauphinoise : Un lavage des noix dans les règles